• Mégane Ghorbani

Intégrer le genre pour l’insertion socioprofessionnelle des femmes

En janvier 2022, je suis intervenue pro bono aux assises du mentorat pour introduire et conclure une table ronde sur les femmes. J’ai ainsi pu revenir sur les inégalités de genre en matière d’éducation et de parcours professionnelle, et partager quelques conseils en matière de mentorat des femmes, suite à l'accompagnement du programme Intercultu'elles d'UniR. Plusieurs de ces éléments ont été repris dans le compte-rendu de l’événement. La vidéo de l'événement est disponible en bas de page.

Stéréotypes, discriminations et inégalités de genre


J’ai commencé par mon intervention par questionner le titre de la table ronde, en rappelant:

"C’est surtout la société qu’il faut accompagner à rendre leur place aux femmes."

On a encore trop souvent tendance à penser que c’est à l’échelle individuelle qu’il faut agir pour renforcer l’insertion des femmes. Comme si c’était à elles seules, de décider de mieux s’insérer. Or, lorsqu’on s’intéresse au genre, l’idée est précisément de dépasser le niveau individuel pour s’intéresser aux aspects plus systémiques et relationnels, à l’origine de freins structurels à l’insertion socioprofessionnelle des femmes. Autrement dit, le genre - un concept sociologique - permet de mettre en exergue des inégalités, des stéréotypes et des discriminations associés aux catégories femmes et hommes dans nos sociétés.


J’ai également souligné qu’il était difficile d’envisager les “femmes” comme un groupe homogène, considérant les autres facteurs de marginalisation à prendre en compte lorsqu’on s’intéresse au sujet (ex. la classe sociale, le lieu de vie, le handicap…).

"Plus d’1 français·e sur 2 a au moins un préjugé sexiste."


Lorsqu’on évoque les représentations et les normes socioculturelles qui enferment les femmes et les filles dans certains rôles, on a souvent tendance à penser aux sociétés traditionnelles, où le poids de la religion est très important. En réalité, les préjugés sexistes sont présents partout dans le monde, aussi bien chez les femmes que les hommes. En France, 56% des gens ont au moins un préjugé sexiste à l’égard des femmes.


Le problème, c’est que les stéréotypes sexistes entraînent une division sexuelle des rôles, c’est-à-dire le fait de constater que certaines fonctions sont exercées par les hommes et d’autres par les femmes. Ainsi, une récente expérimentation faite en France, en Norvège et au Liban conclut que dès l’âge de 4 ans, les enfants associent le pouvoir au masculin. Et cela n’est pas sans conséquence sur les choix d’orientations des individus.


L’effet pygmalion et l’exemple des mathématiques


L’idée reçue, et répandue, selon laquelle “les garçons sont faits pour les mathématiques” engendre non seulement des différences d’aspirations à l’échelle individuelle, mais également des pratiques discriminantes de la part d’enseignant·e·s, qui auront moins tendance à interroger les filles durant les cours de mathématiques du fait de cette perception sur leurs compétences. Ainsi, les filles auront moins l’occasion de s’exprimer et s’exercer durant les cours de mathématiques, ce qui aura pour conséquence de créer des inégalités en la matière, s’illustrant plus tard dans le choix des filières universitaires.

En France, mais aussi dans beaucoup d’autres pays, les étudiantes sont peu nombreuses dans les formations d'ingénieur·e·s, plutôt occupées par les hommes. A l’inverse, elles investissent majoritairement les formations paramédicales et sociales, du fait de l’idée reçue selon laquelle “les femmes sont faites pour prendre soin des autres”. Dans la vie professionnelle, ces inégalités se poursuivent et se traduisent par des différences de salaires, de temps passé aux tâches domestiques et familiales, de harcèlement sexuel et de comportements sexistes, de plafond de verre pour les femmes.


Finalement, ce sont les normes socioculturelles et les discriminations qui enferment les femmes dans des stéréotypes qui modèlent la vision qu’elles ont d’elles-mêmes et de leurs capacités. En d’autres termes, les représentations influencent leurs aspirations et leurs comportements, mais aussi ceux des autres personnes dans la société. C’est ce que l’on appelle l’effet pygmalion ou la « prophétie auto-réalisatrice », c’est-à-dire le poids des représentations culturelles et sociales qui est nourri par l’attitude d’individus suivant ces schèmes, et qui légitime un traitement discriminant de la part d’autres personnes. Il est donc important de garder à l’esprit la logique relationnelle et dynamique existante entre les stéréotypes, les discriminations et les inégalités de genre, chacune alimentant l’autre dans une logique continue.