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  • Mégane Ghorbani

L'égalité professionnelle, bien plus qu'une question de salaires.

Connaissez-vous le #5Nov16h47 ? Il s'agit du moment de l'année, estimé par Les Glorieuses sur la base des données d'Eurostat, à partir duquel on peut considérer que les françaises travaillent gratuitement. En effet, l'idée depuis quelques années est de mettre en lumière le problème des inégalités de salaires entre les femmes et les hommes en projetant ce que constitue cet écart sur une année. Et ça fonctionne : les médias en parlent, l'égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée comme grande cause nationale et l'Index de l'égalité salariale est même devenu obligatoire pour les entreprises de plus de 250 salarié·e·s (il s'appliquera à partir de mars 2020 à toutes celles de plus 50 salarié·e·s). Mais dans les faits, y a-t-il vraiment plus d'égalité entre les femmes et les hommes au travail ?


Inégalités de salaires : souvent minimisées, mais bien présentes.


Selon le prisme que l'on adopte (salaire brut horaire moyen, salaire net moyen mensuel, ETP, poste égal, CSP équivalente...), les chiffres varient mais la conclusion reste la même : les femmes sont moins payées que les hommes. La Ministre du travail, Muriel Pénicaud, rappelait par exemple en septembre dernier que plus d'une entreprise sur six est en alerte rouge sur son Index de l'égalité. Rares sont celles qui atteignent un score de 99 ou 100 (qui correspond à une situation d'égalité). A ce titre, il est intéressant de souligner que cette situation va à l'encontre des attentes des français·e·s. Un récent sondage présenté ce matin par le Think Tank Marie Claire soulignait que 90% des personnes interrogées ne considèrent pas acceptable qu'une entreprise offre pour le même poste des salaires plus élevés pour les hommes que pour les femmes.

Par ailleurs, les données d'Eurostat reflètent un écart de rémunération de 15,4% entre les femmes et les hommes en France. Celles de l'INSEE, en équivalent temps plein, concluent sur un écart de 18,5%. Mais ça, c'est en prenant comme référentiel le salaire des hommes. Comme le démontre l'Observatoire des inégalités, en prenant pour référentiel le salaire des femmes, l'écart monterait à 23%. Il est alors intéressant de constater que même pour produire des données sur ces écarts, le référentiel pris est plutôt celui des hommes, ce qui minimise les inégalités de salaires au détriment des femmes. Peut-être faudrait-il alors penser à changer de point de vue pour affirmer que les hommes gagnent en fait 23% de plus que les femmes...


Harcèlement sexuel


Selon le même sondage présenté ce matin par le Think Tank Marie Claire, près d'une femme sur quatre déclare avoir été victime de harcèlement sexuel dans le cadre du travail (contre 14% des hommes). Parmi les victimes, 76% d'entre déclarent en avoir parlé à au moins une personne dans l'entreprise, mais seulement 30% à des professionnels médicaux-légaux. Il y a donc un écart considérable entre le signalement d'un cas de harcèlement sexuel, sa prise en charge par des professionnels et la mise en place de sanctions à l'encontre de l'auteur. Pourtant, les employeurs disposent de responsabilités légales concernant la santé et la sécurité des employé·e·s, qui vont d'ailleurs au-delà de la seule question du harcèlement sexuel. Si les condamnations commencent à tomber, il n'en reste que beaucoup de cas restent impunis.


Stéréotypes et charge mentale


La division sexuelle du travail est un fait. Il y a aujourd'hui en France seulement 12% des métiers qui sont mixtes. Au-delà de la répartition des rôles en fonction de son sexe, cela consolide des stéréotypes et ajoute un poids supplémentaire pour les femmes : celui du care. En effet, on assigne souvent aux femmes le fait de prendre soin des autres, que ce soit à travers des fonctions rémunérées ou non (elles prennent en charge 72% des tâches domestiques). On se retrouve ainsi avec des métiers de la petite enfance quasi exclusivement occupés par les femmes. Dans les métiers de la fonction paramédicales et sociales, on observe 84,6% de femmes contre 15,4% d'hommes tandis que la répartition est inverse dans le secteur du numérique (85% d'hommes contre 15% de femmes).

"La charge mentale est aussi un des facteurs du plafond de verre." Intervenante, matinée organisée par le Think Tank Marie Claire, 5 novembre 2019

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