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  • Mégane Ghorbani

« La place des femmes dans les Civic Tech » : 3 inégalités à ne pas oublier

Mis à jour : nov. 13

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’intervenir lors d’un Facebook live organisé par CFI sur « la place des femmes dans les Civic Tech » dans le cadre du projet Connexions Citoyennes*. Ce fut l’occasion pour moi de revenir sur divers enjeux liés à l’inclusion des femmes dans le secteur des Civic Tech en Afrique francophone et de présenter quelques initiatives pouvant inspirer tout·e porteur·se de projet souhaitant agir en faveur de plus d’égalité. J’ai surtout commencé par dresser un état des lieux des inégalités de genre qui touchent ce secteur, à la croisée entre l’entrepreneuriat, l’économique, le politique, le médiatique et le numérique. Voici trois éléments à avoir particulièrement à l’esprit dans le contexte africain – et qui se retrouvent ailleurs également.


Actuellement, le secteur de la Civic Tech en Afrique est principalement composé d’hommes, que ce soit du côté des porteurs·ses ou des bénéficiaires des initiatives. Une étude publiée par CFI en 2018 montre qu’au Bénin, au Sénégal et en Tunisie, la participation des femmes varie de 16% à 23,1%. En moyenne, moins d’une personne sur cinq agissant dans la Civic Tech est une femme. En plus d’une représentation moins importante des femmes de manière générale, elles investissent plutôt des domaines en lien avec la santé et l’environnement. Ces derniers sont traditionnellement plus occupés par les femmes, à qui incombe encore disproportionnellement le poids du soin des autres (le care). Si plusieurs facteurs peuvent expliquer/renverser cette inégalité, il est indispensable de commencer par (se) rappeler 3 inégalités majeures actuellement à l’œuvre dans le contexte des Civic Tech en Afrique.

1. Un entrepreneuriat actif mais plutôt informel et aux ressources plus limitées


En Afrique, les femmes sont plus nombreuses que les hommes parmi les entrepreneur·e·s (données Banque mondiale, 2019). Pour autant, leurs bénéfices restent inférieurs de 34% à ceux des hommes entrepreneurs, et elles occupent souvent plutôt le secteur informel.

2. Sous-représentation politique et médiatique


Moins d’un siège parlementaire sur cinq est occupé par une femme en Afrique subsaharienne (IPU/UN Women, 2020). La participation publique des femmes est donc moins élevée dans la sphère politique, mais aussi sur le plan médiatique puisqu'on compte moins de 30% de femmes parmi les journalistes et les animateurs·rices vedettes des médias d’Afrique francophone (Basic Lead, 2019)


3. Fracture numérique


Avec l’augmentation de l’accès au numérique, la fracture numérique s’est également accrue au fil du temps. Les écarts femmes-hommes sont deux fois plus importants en Afrique qu’en Europe. Sur ce continent, 22,6% des femmes ont accès à Internet contre 33,8% des hommes (ITU, 2019). L’écart est d’autant plus important en matière d’utilisation d’Internet via les smartphones dans la région subsaharienne, avec 37% d’écart, soit 300 millions de femmes utilisatrices en moins (GSMA 2020).

Ce n’est qu’une fois ce cadre posé et les inégalités contextuelles dressées qu’il en devient plus simple d’analyser les enjeux de genre aux niveaux des normes, des visions, des ressources et des opportunités en lien avec le sujet.

*Le projet Connexions Citoyennes 2 est un projet mené par CFI et co-financé par l’Agence française de développement (AFD). Esfand accompagne CFI et appuie son expertise en matière de genre. En plus d’une formation en ligne gratuite (MOOC) ouverte jusqu’au 29 novembre, le projet prévoit l’accompagnement de porteurs·ses de projets Civic Tech en Afrique francophone.

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