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Violences sexistes et sexuelles au travail : faut-il encore enquêter ?

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    La rédaction
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt qui a fait l'effet d'une petite secousse dans les départements RH : l'employeur n'est pas légalement tenu de mener une enquête interne pour justifier un licenciement consécutif à un signalement de harcèlement sexuel (Cass. soc., 14 janvier 2026, n° 24-19.544).


Au nom du principe de "liberté de la preuve" aux prud'hommes, un faisceau d'indices concordants (témoignages écrits, retours de la médecine du travail, plaintes) peut désormais suffire à acter une sanction disciplinaire grave, sans avoir à déployer une investigation interne formalisée.


Faut-il pour autant ranger l'enquête interne au placard et se réjouir d'un allègement des procédures ? Pas vraiment. On vous explique pourquoi l'enquête et la prévention restent des piliers de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail.


Violences sexistes et sexuelles au travail : quelles sont les obligations légales de l'employeur ?


La décision de la Cour de cassation rappelle que l'entreprise n'est pas une juridiction pénale. C'est une excellente nouvelle pour la réactivité des RH : face à des situations d'urgence, il est possible d'écarter rapidement un collaborateur toxique pour protéger une victime.


Cependant, licencier la personne responsable de ces actes ne vous exonère pas de votre responsabilité de fond. En vertu du Code du travail, l'employeur est tenu à une obligation de sécurité et de prévention. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses travailleurs.

La sanction arrête une situation individuelle, mais elle ne répare pas forcément le collectif et ne prévient pas la récidive.



Enquête pour harcèlement sexuel : au-delà de la sanction, un outil de protection du collectif


Même si elle n'est plus l'unique sésame pour valider un licenciement devant le juge, l'enquête interne demeure un outil important face aux violences sexistes et sexuelles au travail. Son but dépasse la simple recherche d'une faute :

  • Objectiver les faits : Dans les zones grises où c'est "parole contre parole", l'investigation permet de faire redescendre la pression, d'apporter de la rationalité et de protéger la victime présumée sans condamner hâtivement la personne mise en cause.

  • Protéger et écouter les équipes : Entendre les collaborateurs·rices, c'est leur prouver que l'entreprise écoute. Cela participe activement à la diminution des Risques Psychosociaux (RPS) consécutifs à la crise.

  • Identifier les failles systémiques : Le harcèlement sexuel ou les agissements sexistes sont rarement des actes isolés. L'enquête permet de mettre en lumière des dysfonctionnements organisationnels ou une culture managériale défaillante (blagues tolérées, événements d'entreprise propices aux dérapages) qui ont rendu les faits possibles.


Signalement de VSS au travail : comment mener l'enquête selon la Défenseure des droits

L'image d'une femme assise sur un canapé avec un homme dans un cadre professionnel. L'homme met sa tête entre ses mains et la femme prend des notes. Illustre bien la thématique de l'enquête interne pour prévenir les violences sexistes et sexuelles au travail.

Une enquête mal menée peut aggraver la situation, re-traumatiser les victimes et engager la responsabilité de l'employeur. Dans sa décision-cadre du 5 février 2025 sur les enquêtes internes, la Défenseure des droits fixe un cadre méthodologique très clair pour recueillir et traiter les signalements de discrimination et de harcèlement sexuel dans l'emploi public et privé. Parmi les recommandations relatives à l'enquête, certains éléments sont à rappeler.

  1. La réactivité (agir avec diligence) : Dès le signalement d'une suspicion de violence sexiste ou sexuelle, l'employeur doit déclencher l'enquête dans les plus brefs délais sans dépasser 2 mois, et prendre des mesures conservatoires pour protéger le plaignant pendant les investigations. Le délai écoulé entre les faits et le signalement est sans incidence sur la nécessité d’ouvrir l’enquête.

  2. L'impartialité et l'objectivité : les enquêteurs·rices (idéalement au moins deux personnes) ne doivent avoir aucun lien hiérarchique ou d'intérêt avec les parties. Si la direction ou des personnes du service habituellement chargé d’enquêter sont elles-mêmes mises en cause par un signalement, l’enquête interne devrait être confiée à un prestataire extérieur dans un objectif d’impartialité.

  3. La confidentialité absolue : L'identité des personnes entendues et la teneur de leurs propos doivent être strictement protégées pour éviter toute forme de représailles au sein des équipes. Une attestation de confidentialité doit être signée par les personnes auditionnées ainsi que par les enquêteurs·rices.

  4. Le respect du principe contradictoire : L'enquête doit être menée à charge et à décharge, en entendant la victime présumée, les témoins, les responsables hiérarchiques de deux parties et la personne mise en cause. L'ensemble doit aboutir à un rapport écrit rigoureux. Chaque étape de l’enquête doit être retranscrite par écrit afin que son déroulement soit vérifiable a posteriori par la personne décisionnaire et les autorités compétentes.


Structurer la prévention des VSS au travail : la formation comme véritable bouclier

La Cour de cassation vous donne le droit d'aller vite pour sanctionner, mais elle ne vous dispense pas de bien faire. S'appuyer uniquement sur la "liberté de la preuve" pour réagir a posteriori est un pari organisationnel risqué.


Pour faire de votre organisation un espace véritablement sûr, l'approche doit se structurer en amont :

  • Sécuriser les canaux de signalement pour que la parole puisse se libérer sans crainte.

  • Questionner avec lucidité la culture organisationnelle et les rituels internes.

  • Former et outiller vos équipes à détecter et désamorcer les signaux faibles bien avant la crise.


Pour vous aider à structurer cette démarche de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail, notre organisme de formation peut vous accompagner la sensibilisation à la maîtrise du cadre légal et la mise en situation. N'hésitez pas à nous contacter via contact@esfand.fr pour en savoir plus.



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